Sappho

Sappho est une poétesse grecque de l'Antiquité qui a vécu au VII e siècle av. J. -C. à Mytilène, sur l'île de Lesbos.


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Sappho lisant un poème à ses amies, vase attique, vers 440-430 av. J. -C., Musée national archéologique d'Athènes

Sappho est une poétesse grecque de l'Antiquité qui a vécu au VIIe siècle av. J. -C. à Mytilène, sur l'île de Lesbos.

Le problème des sources

On ne connaît que peu d'éléments sûrs concernant Sappho : en effet, son amour pour les femmes est clairement lisible dans certains de ses poèmes, ce qui en a empêché la préservation par les scribes chrétiens médiévaux (les sources antiques elles-mêmes la condamnant quelquefois pour cela : la Souda, par exemple, parle d'«amitiés honteuses»). Ainsi, il ne nous reste d'elle que des fragments et des citations éparses faites par d'autres auteurs s'étendant à travers les siècles. On ne peut reconstituer son œuvre et sa vie qu'à travers ce prisme particulièrement déformant. Il ne faut par conséquent pas perdre de vue qu'on parle à la fois d'une personne et d'un personnage, sans qu'il soit toujours facile de distinguer l'une de l'autre.

Le nom de Sappho

En ionien-attique puis en koinè, le nom de la poétesse est Σαπφώ / Sapphṓ. Or, à plusieurs reprises (dans les fragments 1, 65, 94, 133 Lobel-Page/Lœb) Sappho s'appelle, sous la forme Ψάπφοι / Psapphoi, qui semble être la version éolienne de son nom. Le nominatif (c'est-à-dire la forme éolienne par laquelle on la désignerait) correspondant à ce vocatif est Ψαπφώ / Psapphṓ.

Vie de Sappho

Buste de Sappho (?), copie romaine d'un original grec du Ve siècle av. J. -C. , musées du Capitole (MC 1164)

Les sources étant toutes postérieures à son époque, elles doivent être reconnues avec réserve.

D'après Strabon, Sappho aurait été contemporaine de son concitoyen, Alcée (circa 620), et de Pittacos (645-570). La Souda la fait naître (ou avoir été vivante de manière sûre, le terme grec n'étant pas clair) au cours de la 42e olympiade (612/608). Aujourd'hui, on s'accorde pour penser qu'elle serait née vers 630 à Eressos, et que 620 correspond à une date à laquelle elle était vivante. Ses parents, Scamandre et Cléis, auraient été engagés dans des affaires politiques qui auraient causé quelques torts à leur fille ou alors des périodes d'exil. Un papyrus d'Oxyrhynque (portant le numéro 1880), confirme la majorité de ces renseignements.

Si son «homosexualité» ne fait aucun doute, il faut se rappeler que le terme même est anachronique à cette époque où il n'a guère de sens. Ses rédigés n'ont pas soulevé de grande polémique de son vivant. De plus, on sait qu'elle a été mariée et a eu une fille, Cléis, qu'elle dit avoir chérie plus que tout. Elle a probablement fondé puis dirigé à Mytilène une école pour jeunes filles où elle a enseigné la poésie et les mystères d'Aphrodite, jeunes filles parmi lesquelles elle devait compter ses amantes. Elle s'est décrite petite et mate de peau.

Il n'est pas facile d'extraire quoi que ce soit de réellement objectif. La légende, cependant, s'est emparée d'un tel personnage, lui inventant une fin tragique (elle se serait jetée dans la mer à cause d'un amour non partagé pour un certain Phaon), ce qui est certainement une confusion avec une autre Sappho, joueuse de lyre et courtisane (selon la Souda). Ses mœurs, quelquefois réprouvées à l'époque (les sources anciennes font remarquer qu'on l'a «accusée» d'entretenir des rapports honteux avec des femmes), ont aussi été l'occasion, au fil des siècles, de «salir» son image et de la tourner quelque peu en dérision.

Œuvre de Sappho

Sappho et Alcée, par Lawrence Alma-Tadema (1881)

Très célèbre et appréciée dans l'Antiquité — dans une épigramme qui fut attribuée (probablement par erreur) à Platon, l'auteur la qualifie de «dixième Muse» — il ne nous reste de ses rédigés que peu de traces : un seul poème est arrivé jusqu'à nous dans son intégralité, l'Hymne à Aphrodite, les autres étant lacunaires (ce sont des fragments sur papyrus, des citations quelquefois limitées à un vers ou alors un mot). Son thème favori semble être la passion amoureuse. Elle a aussi rédigé des épithalames. On peut par conséquent dire de sa poésie qu'elle est lyrique.

Malgré le flou qui entoure son œuvre, certaines pièces restées particulièrement célèbres ont été pérennisées par des réécritures nombreuses, comme cette citation de dix-sept vers faite par le Pseudo-Longin dans son traité Du sublime décrivant une femme connaissant les affres de la passion en voyant celle qu'elle aime rire et se rapprocher d'un homme (fragment 31 de l'édition Lœb, fragment 2 dans l'édition Bergk)  : source d'inspiration pour Louise Labé dans son sonnet VIII ; on en retrouve aussi l'esprit dans la description que fait Jean Racine de la douleur de Phèdre dans sa pièce homonyme (acte I, scène 3, tirade commençant au vers 269). Ce poème, mêlant description des douleurs tant physiques que mentales endurées par une femme amoureuse sans être aimée en retour est devenu un véritable topos littéraire.

Elle écrivait dans un dialecte grec dit éolien ou alors lesbien (caractérisé par la psilose, un bouleversement de l'accentuation et le maintien du digamma). On lui doit un mètre spécifique dit «mètre sapphique».

La Lesbienne

Sappho est connue comme étant «la Lesbienne», c'est-à-dire, au départ par antonomase, «la personne célèbre de Lesbos». L'homosexualité féminine n'ayant jamais été vraiment tolérée dans l'Antiquité, le terme de lesbienne en est venu à désigner une femme homosexuelle au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. D'une même manière, les termes dérivés de son nom, comme l'assez rare saphisme et l'adjectif dérivé, saphique, dénotent plus fréquemment l'homosexualité féminine que ce qui a trait à la poétesse.

Œuvres attribuées à Sappho

Sappho aurait composé neuf livres de poésie lyrique (selon la Souda). Ce sont les philologues alexandrins qui ont classé ses œuvres ainsi, selon leur mètre :

  • À Aphrodite ;
  • À l'Absente ;
  • À une aimée ;
  • Les Adieux ;
  • Nocturnes ;
  • Confidences ;
  • Paroles Ailées ;
  • Jeunes Filles (épithalames).

On lui attribue, probablement à tort parce qu'elles semblent être bien trop récentes, trois épigrammes de l'Anthologie palatine mais aussi des poèmes élégiaques (selon le papyrus d'Oxyrhynque 1800) dont rien n'est resté. On lui attribue même l'invention du plectre (même source), ce qui semble a priori exagéré mais confirme que pour les Anciens Sappho était une grande poétesse.

Sources

La vie de Sappho est décrite de manière plus ou moins détaillée par de nombreux auteurs et textes anciens dont :

On trouve une bibliographie assez détaillée dans Michaud (Biographie universelle) Biographie universelle ancienne et moderne - S

Études

  • Introduction consacrée à Sappho dans le tome Greek Lyric, Sappho and Alcæus, texte édité et traduit par David A. Campbell, édition Lœb Classical Library, Harvard University Press, 1982, réimpression corrigée de 1994.
  • Introduction consacrée à Sappho dans Sappho, Poèmes et fragments, édition bilingue de Philippe Brunet, éd. L'Age d'Homme 1991
  • L'égal des dieux. Cent versions d'un poème, recueillies par Philippe Brunet, avec un avant-propos de Karen Haddad-Wotling, éd. Allia, 1998
  • John J. Winkler, Désir et contraintes en Grèce ancienne, Paris, Epel, 2005 (traduit de l'anglais, éd. originale 1990), chapitre 6 : "La double conscience dans la poésie de Sappho", p. 305-352.
  • Sandra Bœhringer, L'homosexualité féminine dans l'Antiquité grecque et romaine, Paris, Belles Lettres, 2007, p. 53-58 et p. 211-222.

Textes

Les textes de Sappho nous sont connus par de nombreuses citations de plusieurs auteurs, commentateurs et analystes mais aussi par des papyrus, essentiellement trouvés à Oxyrhynque. Plusieurs éditions sont notables :

  • Novem fæminarum Græcarum carmina, de Fulvio Orsini, Plantin, 1598 ;
  • Édition de Wolff, Hambourg, 1733 ;
  • Mousôn anthê, sive Selecta pœtarum carmina et fragmenta, Schneider, 1802 ;
  • Greek Lyric, Sappho and Alcæus, texte édité et traduit par David A. Campbell, édition Lœb Classical Library, Harvard University Press, 1982, réimpression corrigée de 1994.

D'Yves Battistini (traductions et commentaires)  :

  • Sapphô, tome I, Le Cycle des Amies, éd. bilingue (texte grec et trad. ) chez Michel Chandeigne, Paris, 1991.
  • Lyra Erotica, Imprimerie nationale, «La Salamandre», 1992.
  • Sapphô, tome II, La Cité et les Dieux, éd. bilingue (texte grec et trad. ) chez Michel Chandeigne, Paris, 1994.
  • Sapphô, la dixième des Muses, Hachette, «Coup double», 1995.
  • Poétesses grecques, Sapphô, Corinne, Anytè , Imprimerie nationale, «La Salamandre», Paris, 1998.

Musique

Le compositeur suisse Conrad Steinmann a recomprenant la musique grecque ancienne[1] et a enregistré avec la cantatrice Arianna Savall un disque intitulé Melpomen avec plusieurs poèmes de Sappho (Harmonia Mundi, 2005)

Notes

  1. [ http ://classicpersuasion. org/pw/sappho/sappbio7. htm H. T. Wharton's Life of Sappho]

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